communication sea sheperd

Communication difficile avec certains féringiens sanguinaires. Jour 10 à Torshavn.

communication-sea-shepherd-responsible-concept-ayrine-23h00 :  je prends mon quart de surveillance avec Jean, le second sur le navire. Richard et Jérome nous relayeront dans quelques heures. Ils s’enfoncent dans leur barquette pour une fois immobile. La nuit n’est pas là, le jour est en demi teinte chromique. Un jour en pénombre qui accompagnera notre nuit de surveillance. Nous sommes responsables de la sécurité sur le navire. Je suis heureux de partager ce quart avec Jean. Il est toujours de bonne humeur. Nous sommes samedi soir et les jeunes féringiens sortent dans les bars, sans doute la sortie culturelle de la semaine, ici comme ailleurs ! Notre surveillance commence, il fait froid malgré les couches de vêtements et les sweats Sea Shepherd. Nos pas résonnent sur le pont comme pour répondre aux bruits de la capitale viking qui s’éveille. La bière fait sans doute déjà chavirer quelques esprits dans les bars.

23h10 : Rapidement nous faisons face à des jets d’œufs, de pierres, de boulons de tous les calibres. Les projectiles claquent sur le navire. On dirait des tirs d’armes automatiques. On nous mitraille depuis les maisons d’en face. Positionnés dans la timonerie (couverte ! oh la bonne idée qu’il a eu Jean Yves de la couvrir ! Souvenez vous le Columbus est un IMOCA qui a fait le Vendée Globe en 1989, il a été réaménagé depuis) et bien aidés par nos appareils photos, nous essayons de repérer les tireurs embusqués. Nous envoyons des salves de flash en direction de nos assaillants. Les caillasses s’arrêtent, pris sur le vif. Un calme froid et précaire transperce l’atmosphère, annonçant sans doute des heures plus mouvementées. Nous faisons rapidement un tour du navire pour constater les dégats et prendre des photos. Rien de bien grave. Il faudra simplement nettoyer et penser à remercier nos agresseurs pour les dons reçus.

23h15 : nous assistons à des arrivages de féringiens avinés à l’aquavit ou à la bière, ou aux 2. Des groupes titubant se forment en vociférant. Ils s’approchent en zigzaguant. Les insultes fusent : « Mother fucker. Paul Watson « . « Go back to your country ». Cependant, certains, non violents entament le dialogue avec nous. Ils sont certes tabassés par l’alcool mais ouverts a la discussion. Ils sont bien évidemment les moins nombreux mais ils existent. Nous prenons le temps d’échanger avec eux car c’est l’une des missions du navire sur les îles Féroé : la communication avec les féringiens. Le dialogue est une première victoire pour que les lignes bougent et que stoppent enfin ces grinds de barbares. D’autres membres des groupes, peut être les chefs des avinés, sont des vrais agités, des acharnés. Le visage fermé, le regard sombre et provocant, ils foncent dans le dialogue comme on joue au bowling. Impossible donc de parler. La violence est leur seule voix de communication. Appareils photos au cou, nous shootons ces caïds vikings pour les dissuader de tous gestes agressifs envers le navire et/ou l’équipage. Les flashs semblent faire leur petit effet. Tous restent pour l’instant à l’écart du Columbus.
23h45 : Un homme s infiltre sur le bateau (mais par où est-il passé, je me le demande encore) alors que nous sommes dans la timonerie. Nous n’avions pas jugé utile de remonter la passerelle … Erreur. Grosse erreur. L’intru alcoolisé est contraint diplomatiquement de quitter le navire. Avec le sourire de l’équipage en plus ;-). L’échelle est maintenant remontée, mais l’accès au bateau n’en est pas moins facile.

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00h15 : Plusieurs fois des groupes de 6/7 vikings, l’oeil noir menacant déambulent devant le navire. Il leur suffit d’un pas pour enjamber le quai et se retrouver sur le Columbus. La marée est en leur faveur et les pares battages ne nous protègent guère. Soudain un groupe de 20 personnes, plus volontaires que les autres montent sur le quai. Tous se positionnent devant le bateau. Les regards sont aiguisés, les sourires taquins et provocateurs. Certains tentent de monter sur le Columbus. Notre ton monte d’un cran. Nous les invitons à plusieurs reprises, avec vigueur et détermination, à ne pas monter à bord. Nous mettons ensuite nos corps en opposition. Nous essayons tant bien que mal d’instaurer un dialogue dans l’unique but de focaliser l’attention des plus agités; et ce pour éviter la violence. Nous y parvenons difficilement, tout peut basculer d’un moment à l’autre. Tel le funambule sur son fil d’acier, qu’une brise peut faire chavirer à tout moment, les graines du dialogue sont cependant plantées. Nous parvenons à nos fins, le dialogue s’installe même si les esprits sont chauds. La mayonnaise semble prendre.
Soudain, tel un ours sortant de sa caverne après des mois d’hibernation, Jean Yves Terlain sort de la cale. Sur un ton de marin qu’on réveille et qui n’aime pas ça, ils les invitent à quitter le quai pour que l’équipage puisse dormir. Les insultes fusent et les feringiens veulent de nouveau monter à bord. Jean Yves nous rejoint sur le pont. L’oeil alerte, telle la biche qui entend les chasseurs, Jean Yves attrape un féringien qui voulait monter sur le bateau et lui roule un gros smack appuyé !!! Sans doute pas un french kiss, mais décontenancé, le féringien recule, surpris, puis retrouvant ses esprits invectivent tous ses camarades. Aie, tous s’énervent …
Comme par miracle, comme dans un film, soudain, une voiture banalisée de la police locale s’engouffre dans l’impasse et se gare près du quai. Le Columbus fait sans doute parti de leur chemin de ronde. Ils tombent à pic. La situation commençait à se tendre. Très vite, les policiers féringiens comprennent la problématique et se déploient afin de protéger le navire.  Ils finissent par contenir les feringiens assayants et à les repousser vers la rue principale. Les agités se dispersent, rejoignant sans aucun doute les bars pour un nouveau ravitaillement. Tout redevient calme en surface mais une tension semble flottée au dessus de Torshavn. Sans doute les féringiens qui transpirent les centaines de litres de bière déjà absorbés …
02h30 : les premières sorties de bar se profilent. L’air a un goût d’inquiétant. L’alcool ne fait pas bon ménage avec les frustrations de certains vikings imbibés jusqu’à l’os et Paul Watson n’est pas très aimé dans le coin et bizarrement ils veulent absolument nous le faire savoir. Les premiers titubants s’approchent du bateau. Jean voit son 4ème organe génital féringien de la soirée et reçoit un 12ème mother fuckeeeerrr dans sa face ! Apparaît alors un groupe de 15 personnes, qui court, vers Le Columbus ! Des beaux bébés nourris a l’aquavit local, tous avinés, avec des poteaux en plastique en guise d’arme et la rage qui va avec. Seraient-ils là pour lancer une discussion posé au coin du feu, une tasse de thé à la main ? Assurément, non, il n’y a pas de doute, c’est pour nous mais dans le mauvais sens du terme. Branle bas de combat. Tous arrivent sur le quai, certains essayent d’assaillir le navire. Le siège est trop dur à tenir surtout à 2 ! Jean, avec une foulée digne d’un Usant Bolt à bonnet, descend sous la timonerie pour réveiller Richard, le capitaine. De mon coté j’appelle la police locale. Ils sont là, ils tapent sur le bateau avec les poteaux arrachés sur la route. Nous les alertons de vive voix qu’ils doivent arrêter. Rien y fait. Ils veulent monter à bord. 5 min plus tard, 3 policiers à la carrure triangulaire interviennent. Ils  s’interposent une nouvelle fois mais leur tache n’est pas facile car les assaillants sont vraiment très très vindicatifs et très très bourrés aussi !
03h00 : la police féringienne dialogue toujours avec les assaillants. Certains tentent encore des embardées ethyliques vers le navire mais la police s’interpose avec détermination. Le Columbus est protégé. Jusqu’à quand ?
03h15 : des échanges avec la police sur le quai. La communication n’est pas difficile. Ils parlent un très bon anglais (comme Richard). Nous les remercions d’être intervenus rapidement et avec efficacité car cela aurait pu vraiment dégénérer. Il y avait sans doute des partisans des grinds parmi les policiers ce soir là. En dépit d’une position divergente sur le sujet, ces derniers sont intervenus pour protéger le navire, pour faire respecter la loi. Je profite de cet article pour les remercier. Ils ont fait leur boulot en dehors de toute logique partisane. Une nouvelle fois, ils nous indiquent que nous pouvons les appeler à n’importe quel moment pour empêcher les réactions violentes de certains autochtones avinés.
03h40 : les assaillants sont toujours là, plus nombreux. Beaucoup déambulent sur le quai principal, ruminant leurs exploits. Le responsable du port apparait une pinte à la main. Il s’infiltre parmi les groupes d’assaillants tentant encore de venir sur le ponton où le Columbus est amarré . Il intervient ensuite en renfort pour contrecarrer les raids des agresseurs. N étant pas de service, Il est saoul et semble connaître tous les assaillants. Il fut acteur ce soir là, avec les policiers de service, des alliés indispensables au maintien d’un climat apaisé entre les parties. Certains dialogues très constructifs, consécutivement à ces événements, nous ont même permis des échanges d’idées très constructifs avec des féringiens locaux, investis dans la vie de leur cité.

communication-sea-shepherd-responsible-concept-ayrine-04h00 : le calme est revenu sur la capitale des îles Féroé. Les agités semblent avoir déserté les lieux. Jusqu’à quand ? Impossible de dormir, l’adrénaline sillonne encore dans mes veines. Nous sommes tous debout, avec un bon café chaud en guise de cheminée. Une belle nuit d’agités ce soir… Avec Jean, nous enchainons un deuxième quart. On ne change pas une équipe qui gagne. Tout est calme maintenant.

06h15 : je finis mon quart d’heures agitées ! Je m’éffondre dans ma barquette avec les images de cette nuit hors norme sur les îles Féroé. Les équipes Sea Shepherd ont tenu. Pour les océans et c’est bien là le principal. Demain est un autre jour. Force, courage, détermination. Le baptème du feu était à la hauteur de nos espérances ce soir. Il n’est pas toujours aisé d’engager une communication avec ses adversaires. Et pourtant, cette dernière est essentielle pour qu’un jour les choses changent. Je vote évidemment pour une communication apaisée où les parties prenantes se respectent. Cependant, si la communication est plus rude, je serai quand même là… Mon cerveau s’emballe sur ce mot communication. Communication. Parfois rude. Communication. Pas facile quand l’autre ne veut pas. Communication. Toujours être non violent. Communication. Tu ne suffis pas. Et bientôt, un autre mot te remplace en te poussant du coude : action, action, action, aaaaction. Nous y sommes. Assurément. Je m’endors avec une musique en tête viagra du maroc.

Les propos sur ce billet n’engagent que le vomitérien que je suis, et le bénévole que j’ai été sur cette mission sur les îles Féroé. Je ne suis qu’un témoin. Je n’engage que ma responsabilité et aucunement celle de Sea Shepherd.

Retrouvez les détails de cette aventure, façon journal de bord, dans les prochains articles du blog et sur notre page Facebook.Vous avez aimé : Communication difficile avec certains féringiens sanguinaires. Jour 10 à Torshavn. Alors abonnez vous au blog de Ayrine pour découvrir les prochains articles. Ayrine est une agence de communication globale basée à Paris & Nantes. Et si la communication c’était aussi partager ….?

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