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communication-sea-shepherd-responsible-concept-ayrine-23h00 :  je prends mon quart de surveillance avec Jean, le second sur le navire. Richard et Jérome nous relayeront dans quelques heures. Ils s’enfoncent dans leur barquette pour une fois immobile. La nuit n’est pas là, le jour est en demi teinte chromique. Un jour en pénombre qui accompagnera notre nuit de surveillance. Nous sommes responsables de la sécurité sur le navire. Je suis heureux de partager ce quart avec Jean. Il est toujours de bonne humeur. Nous sommes samedi soir et les jeunes féringiens sortent dans les bars, sans doute la sortie culturelle de la semaine, ici comme ailleurs ! Notre surveillance commence, il fait froid malgré les couches de vêtements et les sweats Sea Shepherd. Nos pas résonnent sur le pont comme pour répondre aux bruits de la capitale viking qui s’éveille. La bière fait sans doute déjà chavirer quelques esprits dans les bars.

23h10 : Rapidement nous faisons face à des jets d’œufs, de pierres, de boulons de tous les calibres. Les projectiles claquent sur le navire. On dirait des tirs d’armes automatiques. On nous mitraille depuis les maisons d’en face. Positionnés dans la timonerie (couverte ! oh la bonne idée qu’il a eu Jean Yves de la couvrir ! Souvenez vous le Columbus est un IMOCA qui a fait le Vendée Globe en 1989, il a été réaménagé depuis) et bien aidés par nos appareils photos, nous essayons de repérer les tireurs embusqués. Nous envoyons des salves de flash en direction de nos assaillants. Les caillasses s’arrêtent, pris sur le vif. Un calme froid et précaire transperce l’atmosphère, annonçant sans doute des heures plus mouvementées. Nous faisons rapidement un tour du navire pour constater les dégats et prendre des photos. Rien de bien grave. Il faudra simplement nettoyer et penser à remercier nos agresseurs pour les dons reçus.

23h15 : nous assistons à des arrivages de féringiens avinés à l’aquavit ou à la bière, ou aux 2. Des groupes titubant se forment en vociférant. Ils s’approchent en zigzaguant. Les insultes fusent : « Mother fucker. Paul Watson « . « Go back to your country ». Cependant, certains, non violents entament le dialogue avec nous. Ils sont certes tabassés par l’alcool mais ouverts a la discussion. Ils sont bien évidemment les moins nombreux mais ils existent. Nous prenons le temps d’échanger avec eux car c’est l’une des missions du navire sur les îles Féroé : la communication avec les féringiens. Le dialogue est une première victoire pour que les lignes bougent et que stoppent enfin ces grinds de barbares. D’autres membres des groupes, peut être les chefs des avinés, sont des vrais agités, des acharnés. Le visage fermé, le regard sombre et provocant, ils foncent dans le dialogue comme on joue au bowling. Impossible donc de parler. La violence est leur seule voix de communication. Appareils photos au cou, nous shootons ces caïds vikings pour les dissuader de tous gestes agressifs envers le navire et/ou l’équipage. Les flashs semblent faire leur petit effet. Tous restent pour l’instant à l’écart du Columbus.
23h45 : Un homme s infiltre sur le bateau (mais par où est-il passé, je me le demande encore) alors que nous sommes dans la timonerie. Nous n’avions pas jugé utile de remonter la passerelle … Erreur. Grosse erreur. L’intru alcoolisé est contraint diplomatiquement de quitter le navire. Avec le sourire de l’équipage en plus ;-). L’échelle est maintenant remontée, mais l’accès au bateau n’en est pas moins facile.

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00h15 : Plusieurs fois des groupes de 6/7 vikings, l’oeil noir menacant déambulent devant le navire. Il leur suffit d’un pas pour enjamber le quai et se retrouver sur le Columbus. La marée est en leur faveur et les pares battages ne nous protègent guère. Soudain un groupe de 20 personnes, plus volontaires que les autres montent sur le quai. Tous se positionnent devant le bateau. Les regards sont aiguisés, les sourires taquins et provocateurs. Certains tentent de monter sur le Columbus. Notre ton monte d’un cran. Nous les invitons à plusieurs reprises, avec vigueur et détermination, à ne pas monter à bord. Nous mettons ensuite nos corps en opposition. Nous essayons tant bien que mal d’instaurer un dialogue dans l’unique but de focaliser l’attention des plus agités; et ce pour éviter la violence. Nous y parvenons difficilement, tout peut basculer d’un moment à l’autre. Tel le funambule sur son fil d’acier, qu’une brise peut faire chavirer à tout moment, les graines du dialogue sont cependant plantées. Nous parvenons à nos fins, le dialogue s’installe même si les esprits sont chauds. La mayonnaise semble prendre.
Soudain, tel un ours sortant de sa caverne après des mois d’hibernation, Jean Yves Terlain sort de la cale. Sur un ton de marin qu’on réveille et qui n’aime pas ça, ils les invitent à quitter le quai pour que l’équipage puisse dormir. Les insultes fusent et les feringiens veulent de nouveau monter à bord. Jean Yves nous rejoint sur le pont. L’oeil alerte, telle la biche qui entend les chasseurs, Jean Yves attrape un féringien qui voulait monter sur le bateau et lui roule un gros smack appuyé !!! Sans doute pas un french kiss, mais décontenancé, le féringien recule, surpris, puis retrouvant ses esprits invectivent tous ses camarades. Aie, tous s’énervent …
Comme par miracle, comme dans un film, soudain, une voiture banalisée de la police locale s’engouffre dans l’impasse et se gare près du quai. Le Columbus fait sans doute parti de leur chemin de ronde. Ils tombent à pic. La situation commençait à se tendre. Très vite, les policiers féringiens comprennent la problématique et se déploient afin de protéger le navire.  Ils finissent par contenir les feringiens assayants et à les repousser vers la rue principale. Les agités se dispersent, rejoignant sans aucun doute les bars pour un nouveau ravitaillement. Tout redevient calme en surface mais une tension semble flottée au dessus de Torshavn. Sans doute les féringiens qui transpirent les centaines de litres de bière déjà absorbés …
02h30 : les premières sorties de bar se profilent. L’air a un goût d’inquiétant. L’alcool ne fait pas bon ménage avec les frustrations de certains vikings imbibés jusqu’à l’os et Paul Watson n’est pas très aimé dans le coin et bizarrement ils veulent absolument nous le faire savoir. Les premiers titubants s’approchent du bateau. Jean voit son 4ème organe génital féringien de la soirée et reçoit un 12ème mother fuckeeeerrr dans sa face ! Apparaît alors un groupe de 15 personnes, qui court, vers Le Columbus ! Des beaux bébés nourris a l’aquavit local, tous avinés, avec des poteaux en plastique en guise d’arme et la rage qui va avec. Seraient-ils là pour lancer une discussion posé au coin du feu, une tasse de thé à la main ? Assurément, non, il n’y a pas de doute, c’est pour nous mais dans le mauvais sens du terme. Branle bas de combat. Tous arrivent sur le quai, certains essayent d’assaillir le navire. Le siège est trop dur à tenir surtout à 2 ! Jean, avec une foulée digne d’un Usant Bolt à bonnet, descend sous la timonerie pour réveiller Richard, le capitaine. De mon coté j’appelle la police locale. Ils sont là, ils tapent sur le bateau avec les poteaux arrachés sur la route. Nous les alertons de vive voix qu’ils doivent arrêter. Rien y fait. Ils veulent monter à bord. 5 min plus tard, 3 policiers à la carrure triangulaire interviennent. Ils  s’interposent une nouvelle fois mais leur tache n’est pas facile car les assaillants sont vraiment très très vindicatifs et très très bourrés aussi !
03h00 : la police féringienne dialogue toujours avec les assaillants. Certains tentent encore des embardées ethyliques vers le navire mais la police s’interpose avec détermination. Le Columbus est protégé. Jusqu’à quand ?
03h15 : des échanges avec la police sur le quai. La communication n’est pas difficile. Ils parlent un très bon anglais (comme Richard). Nous les remercions d’être intervenus rapidement et avec efficacité car cela aurait pu vraiment dégénérer. Il y avait sans doute des partisans des grinds parmi les policiers ce soir là. En dépit d’une position divergente sur le sujet, ces derniers sont intervenus pour protéger le navire, pour faire respecter la loi. Je profite de cet article pour les remercier. Ils ont fait leur boulot en dehors de toute logique partisane. Une nouvelle fois, ils nous indiquent que nous pouvons les appeler à n’importe quel moment pour empêcher les réactions violentes de certains autochtones avinés.
03h40 : les assaillants sont toujours là, plus nombreux. Beaucoup déambulent sur le quai principal, ruminant leurs exploits. Le responsable du port apparait une pinte à la main. Il s’infiltre parmi les groupes d’assaillants tentant encore de venir sur le ponton où le Columbus est amarré . Il intervient ensuite en renfort pour contrecarrer les raids des agresseurs. N étant pas de service, Il est saoul et semble connaître tous les assaillants. Il fut acteur ce soir là, avec les policiers de service, des alliés indispensables au maintien d’un climat apaisé entre les parties. Certains dialogues très constructifs, consécutivement à ces événements, nous ont même permis des échanges d’idées très constructifs avec des féringiens locaux, investis dans la vie de leur cité.

communication-sea-shepherd-responsible-concept-ayrine-04h00 : le calme est revenu sur la capitale des îles Féroé. Les agités semblent avoir déserté les lieux. Jusqu’à quand ? Impossible de dormir, l’adrénaline sillonne encore dans mes veines. Nous sommes tous debout, avec un bon café chaud en guise de cheminée. Une belle nuit d’agités ce soir… Avec Jean, nous enchainons un deuxième quart. On ne change pas une équipe qui gagne. Tout est calme maintenant.

06h15 : je finis mon quart d’heures agitées ! Je m’éffondre dans ma barquette avec les images de cette nuit hors norme sur les îles Féroé. Les équipes Sea Shepherd ont tenu. Pour les océans et c’est bien là le principal. Demain est un autre jour. Force, courage, détermination. Le baptème du feu était à la hauteur de nos espérances ce soir. Il n’est pas toujours aisé d’engager une communication avec ses adversaires. Et pourtant, cette dernière est essentielle pour qu’un jour les choses changent. Je vote évidemment pour une communication apaisée où les parties prenantes se respectent. Cependant, si la communication est plus rude, je serai quand même là… Mon cerveau s’emballe sur ce mot communication. Communication. Parfois rude. Communication. Pas facile quand l’autre ne veut pas. Communication. Toujours être non violent. Communication. Tu ne suffis pas. Et bientôt, un autre mot te remplace en te poussant du coude : action, action, action, aaaaction. Nous y sommes. Assurément. Je m’endors avec une musique en tête viagra du maroc.

Les propos sur ce billet n’engagent que le vomitérien que je suis, et le bénévole que j’ai été sur cette mission sur les îles Féroé. Je ne suis qu’un témoin. Je n’engage que ma responsabilité et aucunement celle de Sea Shepherd.

Retrouvez les détails de cette aventure, façon journal de bord, dans les prochains articles du blog et sur notre page Facebook.Vous avez aimé : Communication difficile avec certains féringiens sanguinaires. Jour 10 à Torshavn. Alors abonnez vous au blog de Ayrine pour découvrir les prochains articles. Ayrine est une agence de communication globale basée à Paris & Nantes. Et si la communication c’était aussi partager ….?

Engagement pour les océans

Engagement pour les océansEngagement pour les océans, qui se meurent, infectés par un virus qui détruit tout sur son passage. A bord du navire ambassadeur de Sea Shepherd, le Columbus, j’ai tenu un journal de bord pendant une partie de la campagne Stop the Grind 2014 sur les îles Féroé (Nord Europe). A travers lui, j’espère pouvoir vous faire découvrir l’engagement des volontaires Sea Shepherd venus des 4 coins du monde pour la sauvegarde des baleines pilotes sur les îles Féroé. Avec l’équipage, je tenterai de vous faire partager les actions terrain réalisées, les succès accomplis, les rencontres et les échanges avec les féringiens, les instants uniques et flottants d’une aventure humaine des temps modernes au service des océans et de ses habitants.

Enfin, comme une vague claquant le navire, j’essayerai de vous prouver, par l’exemple, que l’action responsable organisée, l’engagement, aussi petit soit-il, permet de changer les choses, que la simple multiplication des petites actions volontaires actionnent le changement. Nous sommes tous, avec de la volonté, des tsunamis en puissance. Nous pouvons tous écrire la pièce et devenir acteur d’un monde où les lois internationales en mer seront enfin respectées et où les hommes trouveront leur juste place dans leur environnement. Les lois internationales existent, et Sea Shepherd intervient toujours dans le respect de ces dernières,  mais malheureusement les moyens sont absents pour les faire appliquer sur le terrain. Nos mers sont tous les jours le terrain de jeu de légions barbares destructrices de nos écosystèmes. Il fallait bien que quelqu’un s’y colle. Je ne voudrai pas que l’on me poursuive en justice pour non assistance à espèce en danger ! Il faut bien enrayer l’hémorragie et l’association Sea Shepherd (comme d’autres dailleurs), forte de ses engagements multiples pour la sauvegarde des océans, devrait être reconnue d’utilité publique internationale et financée en conséquence bien sur. En attendant ce miracle du bon sens (la Terre a perdu la moitié de ses populations d’espèces sauvages en 40 ans!! Allo Nabila, souviens toi de tes cours de mathématiques en CM2) et de probité; les volontaires Sea Shepherd de la société civile, passionnés et déterminés, essayent de faire le job !, souvent comme ils le peuvent (vous pouvez  soutenir Sea Shepherd dans ses actions ici. Déductible et tout l’argent récolté auprès du public sert à financer les campagnes d’actions sur le terrain).

 

Voici donc la 6ème page de mon journal de bord, celui d’un « vomitérien » parti sur le navire ambassadeur de Sea Shepherd, le Columbus, un navire chasseur de pirates sur les îles Féroé. Plus le temps de s’indigner en mettant des youpi, lol, c’est pas bien, ptg, …, il faut agir. Place à l’engagement. Pour les océans et ses habitants (en tout cas ce qu’il en reste. Pour rappel c’est un carnage). Et c’est bien là le principal !

Journal de bord – Jour 5 à 9 – du 09 au 13 juin 2014 –  Objectif Torshavn – (62°01’N / 6°46’W)

 

 

Lundi 09 juin 2014 : Adieu l’île de Man, la route continue en direction des îles Féroé.

 

Engagement pour les océansLa capitale de l’île de Man, Douglas, se lève sous une pluie anglaise bien reconnaissable. Le port est assommé par les rafales battantes, empêchant n’importe quel intrépide de rentrer chez lui au sec. L’île de Man semble engourdie, endormie, ensevelie sous la pluie alors que quelques heures auparavant des milliers de motards moulés de cuir faisaient sursauter et pétarader ce petit rocher perdu entre la Grande Bretagne et l’Irlande. Les nuages finissent dans un ballet flottant par rejoindre la mer. Le ciel n’est plus. Mornes plaines sur la capitale Douglas et le navire chasseur de pirates. L’heure est cependant au départ sur le Columbus. Les membres d’équipage tel des abeilles butineuses sortant sur le tremplin du départ, se remettent en marche et ne ménagent pas leur engagement. Jérôme astique et dorlote le navire, le capitaine Richard et Jean Yves consultent les dernières cartes météos, le second Jean s’affaire à d’ultimes réglages et réparations diverses. Le Colombus est prêt à reprendre la mer pour rejoindre l’objectif de son voyage : les îles Féroé, archipel viking où se déroule chaque année le pus important massacre de mammifères marins en  Europe. Les amarres sont larguées, le brouillard soudainement envolé, les moteurs à leur tour allumés. Lentement, nous quittons le port l’Ile de Man, laissant la place à un super tanker. Je vous jure qu’ un éléphant peut se garer dans une piscine en étant gracieux comme un canard !
Cap au Nord, génois hissés par Jérôme (il est fou de génois) et la grand voile par Jean. Bientôt nous foulerons les fameuses mers d’Ecosse, ultimes passages avant notre arrivée sur les terres des grinds barbares. L’accueil sera surement moins chaleureux là bas, mais pour tout vous dire on s’en fout royalement. Droit devant. Jean scrute l’horizon, et le fanon, lui, aimerait bien s’envoler …

 

Mardi 10 juin : En pleine mer d’Ecosse.

 

Engagement pour les océansDepuis ce matin, l’AIS, système de reconnaissance des navires en mer, est en panne. Richard et Jean s’échinent à trouver la panne pendant que je m’essaye à la cuisine. Olé. Opération “Sea bread”. Ma première fois en mer. Mon premier pain de la campagne ! Le résultat fût très honorable selon l’équipage (ils sont polis ahana). Tout est bon quand on a faim. Enhardis par ce succès nautique, nous improvisons un moelleux au chocolat vegan de fortune pour l’anniversaire de Jérôme (40 ans, le monsieur, et à bord du Columbus en plus !, ça montre la motivation quand meme ! Chapeau bas). Résulat plus qu’honorable mais iconoclaste ! Tel Han Solo pris sur le vif dans de la carbonite, le gâteau au chocolat, sorti du four, semble pétrifié par le roulis. Un bon gite de 25 degré !!! Nous apprenons un peu plus tard, qu’Antoine Riguidel et Florence Artaud vont venir sur les îles Féroé. Nous sommes dans la timonerie, avec les lueurs d’un jour qui ne veut pas mourir. Les vents poussent le navire à 7 noeuds. Soudain, surgis des abysses, des dauphins communs apparaissent et se jettent sur les vagues de la proue. Accompagnant le soleil dans ses dernières lueurs, ils scintillent entre ciel et mer. Ils calent leur vitesse sur celle du navire, comme pour nous accompagner en nageant à l’unisson. En transparence dans une eau devenue jade, le temps s’arrête et nous offre un spectacle majestueux. Et dire que chaque année des dizaines de milliers de dauphins (animaux qui réussissent le test du miroir), sont chassés et massacrés par d’infâmes crâpules nippones. Rien que d’y penser, j’ai envie de vomir (et ce n’est pas le mal de mer).

 

Mercredi 11 juin 2014 : Direction Stornoway (Nord Ecosse), ultime escale avant les îles Féroé

 

 

Nuages de plombs sur les côtes escarpées d’Ecosse. Nous transperçons, tel un glaive, un brouillard tenace. Le vent nous jette au visage les souvenirs et le goût de légendes oubliées. 7 noeuds de moyenne. Le navire progresse avec une légère brise aux fesses, slalomant à travers les dépressions grâce à la navigation précise et aiguisée comme une lame de capt’ain Richard Coeur de Lion.
Le soleil, à l’horizon, soudain, apparait. Aidé par le vent, il nous laisse découvrir des côtes escarpées, magiques, intemporelles. Elles semblent danser avec le roulis et le soleil pour nous attirer vers elles. On s’éloigne, on se rapproche, elles racontent des histoires de marins, de navires pris par la tempête et de moutons !
Les cris de nos estomacs réclamant, nous abandonnons nos rêves escarpés. Il n’y a malheureusement déjà plus de pain à bord, aliment essentiel à la survie.
Je m’attèle à la tâche, en petite abeille ouvrière, et lance une nouvelle fournée. Action. Le regard loin, vers les côtes qui se laissent découvrir, comme une femme qui lance ses pièges, je plonge mes mains dans le pétrin. Bientôt une odeur de pain chaud traverse le pont et une partie de l’océan. Le four livre enfin sa madeleine de Proust à l’équipage. Les sourires sur les visages se perdent entre les bouchées. C’est ma tournée !
Après ce frugal en-cas, Richard, en marin accompli aux règles de courtoisies maritimes, se lance dans la construction d’un pavillon de courtoisie en prévision du débarquement sur les îles féringiennes. La route se précise et nous livre un goût de “j’arrive bientôt”. Nous approchons de notre ultime escale avant de mettre le cap sur les îles Féroé. La civilisation réapparait soudain sur les rives, comme sortie des rochers. Le navire rentre dans le port de Stornoway en Ecosse pour une ultime escale. Le soleil nous guide dans un port magique. Le Columbus se pose au pied d’un château d’un autre âge aux tours droites et massives. Les phoques dansent autour du navire et accompagnent en plongeons notre arrivée. Ils attendent sûrement les bateaux de pêcheurs.
Demain cap nord ouest.

 

Jeudi 12 juin : Adieu Stornoway, dernière ligne droite avant les îles Féroé

 

Nous refaisons le plein d’eau potable et de gasoil et nous repartons. Le Columbus se remet en route. Nous avons hâte d’arriver sur les îles Féroé et de nous positionner sur les baies des grinds. Le navire a slalommé toute la nuit entre les bateaux de pêche écossais. Heureusement l’AIS fonctionne de nouveau et nous permet de naviguer en sécurité. Richard et Jean se sont relayés à la barre toute la nuit. Depuis ce matin, la marine écossaise est à nos trousses, de loin. Peut être pensent-ils que nous venons pour eux. Nous aurions pu en effet intervenir en soutien de la campagne de Sea Shepherd en Ecosse mais on ne peut malheureusement pas tout faire. Pour protéger leur pêche industrielle, certaines entreprises de pêche écossaises tuent chaque année des milliers de phoques. Il faudrait y aller aussi. Action. Vite, pour qu’enfin certains acteurs du marché arrêtent de se croire tout permis …, tout ça pour le fric …

 

Dehors, le ciel est transpercé et il fait froid. J’ai mis plusieurs couches, pour ne pas me transformer en poteau congelé. Malgré cela, le vent piquant s’infiltre sournoisement. J’aurai du amener des gants. Par contre comment taper à l’ordi avec des moufles ?
Nous avons hâte de montrer aux féringiens que les Sea Shepherd sont de retour. Dehors les nuages tombent et se mélangent à la pénombre naissante. Le navire sombre dans la torpeur. Plus rien, sauf le brouillard. Demain nous arriverons. Je me glisse avec le sourire, tel un suricate, dans la soute gazoilée. Demain. Enfin.

 

Vendredi 13 Juin : we are back. Sea Shepherd is in the place …

 

Engagement pour les océansEncore un jour de navigation pour atteindre les îles Féroé. L’équipage astique le navire en prévision de son arrivée sur les terres barbares des grinds. Chacun repense à la mission de 2011, à la flotte Sea Shepherd de l’époque … Aujourd’hui, les choses sont différentes. Les navires et le matériel de l’hémisphère sud n’ont pu rejoindre la campagne. Il faudra faire avec les moyens du bord : le Columbus et les vedettes rapides fabriquées à Roscoff. Mais pour l’instant nous serons seuls. Peu importe. On y va. Action. Montrons aux féringiens que Sea Shepherd est dans la place.

 

La nuit, nous captons les émissions de radios féringiennes. Nous ne comprenons strictement rien, mais nous parvenons à déchiffrer malgré tout des mots familiers ” PAUL WATSON”, “SEA SHEPHERD” et quelques “FUCK”. Les esprits semblent s’embraser sur les ondes hertziennes. Serions nous attendus ?

Je m’allonge dans ma couchette en mode congelé. Engagement, engagement, engagement, engagement, engagement, engagement. Ces mots là raisonnent dans ma tête, tels les frappes d’un marteau piqueur. Avant qu’il ne soit trop tard.

 Je m’endors avec une musique en tête … (cliquer pour écouter).

 

Les propos sur ce billet n’engagent que le vomitérien que je suis, et le bénévole que j’ai été sur cette mission sur les îles Féroé. Je ne suis qu’un témoin. Je n’engage que ma responsabilité et aucunement celle de Sea Shepherd.

Merci à Antoine Beyssens pour les photos du Columbus et son engagement renouvelé.

Retrouvez les détails de cette aventure, façon journal de bord, dans les prochains articles du blog et sur notre page Facebook.Vous avez aimé : Engagement pour les océans. Jour 5 à 9. Stop the grind . Alors abonnez vous au blog de Ayrine pour découvrir les prochains articles…

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A bord du Columbus, j’ai tenu un journal de bord pendant une partie de la campagne Sea Shepherd Stop the Grind (en juin 2014). A travers lui, j’espère vous faire découvrir l’engagement Sea Shepherd pour la sauvegarde des océans. Avec lui, je souhaite vous faire partager les instants uniques et flottants d’une aventure humaine des temps modernes; et enfin vous prouver par l’exemple que l’action, l’engagement de la société civile (par exemple l’engagement Sea Shepherd) permet de changer les choses. Voici donc la 3ème page de mon journal de bord sur le Columbus, celui d’un « vomitérien » accompagné ce jour par les dauphins prise viagra. Action. Pour les océans. Et c’est bien là le principal !

06h15 : Les moteurs  se remettent en marche pour recharger les batteries du Columbus. C’est un peu comme si un tractopelle se mettait en route dans votre chambre … Réveil en sursaut garanti. De là, mes premières respirations conscientes s’emplissent d’un arôme diesel des plus délicats.
Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit. J’essaye donc de me rendormir, sans trop de succès …Je ferme les yeux et des images de mer déchainée et de « petits renards » me reviennent à l’esprit.

 

dauphin-sea-sheperd-jour-2-ayrine-responsible-concept08h12 : Soudain, Richard descend dans la cabine inférieure et lance à l’équipage endormi : « des dauphins les gars, des dauphins ». J’ouvre les yeux et miracle, la nausée m’a quitté. Enfin, enfin libre ! Il faut dire que la mer est calme. La première fois depuis le début du voyage ! Je vais fêter ça avec les dauphins. Je m’équipe et j’arrive sur le pont. Je me glisse telle une gazelle qui ne serait plus bourrée, vers la proue du Columbus, et là, partout, je les aperçois. Voir des dauphins et mourir ! Merveilleuses créatures, intelligentes, profilées pour la course, furtives, magnifiques, gracieuses mais en danger bien sur. Partout dans le monde, les espèces de dauphins sont menacées par les activités humaines. Sea Shepherd essaye de briser le silence sur ces génocides en intervenant notamment chaque année à Taiji au Japon (voir aussi le film « The Cove » ). Chanceux de ne pas être tombés sur un bateau nippon, les dauphins s’entortillent autour du Columbus comme pour nous serrer près d’eux, un message de bienvenue.

 

13h11 : L’heure du déjeuner approche. Le premier vrai repas entre tous les membres d’équipage du Columbus depuis le début du voyage. Un Vegan lunch, préparé par tous,  après 3 jours de diet forcée. Doucement, tout doucement, je réhabitue mon estomac à recevoir et non plus à donner sans retenue ! Une superbe occasion d’en apprendre un peu plus sur mes compagnons de route. Des histoires de marins, de courage, d’aventures et d’engagement. J’aurai sans doute l’occasion d’en reparler.

 

Columbus-sea-sheperd-jour-2-ayrine-responsible-concept15h32 : Un temps sublime apparait, ultime cadeau de nos compagnons de route les dauphins, comme pour nous encourager dans notre périple. Nous décidons de nous hisser sur le toit du Columbus. Jean pourra faire son quart de la haut. La vue est dégagée. Une après-midi passée sur le toit du bateau à regarder la mer et les macareux faire des rase-mottes avec une dextérité bouleversante.
Des discussions sur nos interventions sur les iles Féroé, le rôle du Columbus sur le repérage des baleines pilotes, des prévisions de scénarii sur place pour prévenir les grinds sont également abordées. Nous évoquons aussi avec Jean Yves notre prochaine escale. Demain. L’île de Man. Et Jean Yves de clôturer sa diatribe sur cette île perdue avec son fameux dicton : « Le point G d’un port c’est au fond ».

 

20h08 : Le diner se prépare. Nous fouillons dans les réserves du Columbus, constituées grâce aux dons de centaines  de particuliers. Je pense à tous ces anonymes de France qui en amont du voyage ont permis par un geste qu’un autre se fasse, pour la protection des océans. Ils sont là avec nous, à chaque repas et je profite de ce billet pour encore les remercier. Chacun sa part … Remerciements notamment aux Biocoop locaux qui ont relayé les campagnes de dons.

 

Columbus-cloche-sea-sheperd-jour-2-ayrine-responsible-concept21h25 : le soleil nous accompagne toujours mais décide de s’habiller en « Prada ». Nous nous perdons dans des couleurs magiques, presque imaginaires. Je reste sur le pont du Columbus à le voir partir doucement. A mon tour je m’éclipse et rejoins ma cabine multi barquette. Ça sent le gasoil là dedans, la clope du capitaine et bien sur le musc de gars pour qui la douche n’est qu’un lointain souvenir.
22H18 : Des échanges avec Jean Yves sur les Iles Féroé, et des cartes marines à déchiffrer, pas facile pour un non initié !
23h12 : Je m’allonge dans ma barquette avec les fabuleux souvenirs de dauphins virevoltant et des envies d’aller plus vite, de rejoindre les îles Féroé pour empêcher les massacres de baleines pilotes de se produire. Go Columbus. Go. Je m’endors avec une musique en tête …

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Vous avez aimé : Columbus – Journal de bord – Jour 3 – 07 juin 2014 – Stop the grind .  Alors abonnez vous au blog de Ayrine pour découvrir les prochains articles…

 

Crédit photo: Antoine Beysens, pour Sea Shepherd

 

J’ai tenu un journal de bord pendant une partie de la campagne Sea Shepherd Stop the Grind (en juin 2014). A travers lui, j’espère vous faire découvrir l’engagement Sea Shepherd pour la sauvegarde des océans. Avec lui, je souhaite vous faire partager les instants uniques et flottants d’une aventure humaine des temps modernes; et enfin vous prouver par l’exemple que l’action, l’engagement de la société civile (par exemple l’engagement Sea Shepherd) permet de changer les choses. Voici donc la deuxième page de mon journal de bord, celui d’un « vomitérien ». Action. Pour les océans. Et c’est bien là le principal !

Engagement Sea Shepherd tempete-jour-2-ayrine-responsible-conceptEngagement Sea Shepherd 

Journal de bord – Jour 2 – 04 juin 2014 – Golfe de Gascogne – (46.571949, -2.098468

08h15. J’émerge de ma barquette gasoilée (le Columbus, bateau ambassadeur de Sea Shepherd, est un voilier de 60 pieds qui a 2 moteurs à l’arrière. Les éfluves de gasoil envahissent souvent la câle) avec l’image flottante du port de La Rochelle, et une envie d’arriver vite sur place, pour empêcher les férigiens d’exécuter leur funeste tradition sanguinaire ( les grinds ). A demi courbé dans la câle, déjà balloté par une mer taquine, je m’habille rapidement (grosse erreur). Je m’accroche à l’échelle d’accès, m’y reprenant à plusieurs fois pour accéder au pont. J’ai l’impression d’être un pilier de bar qui tenterait en fin de soirée de monter à une échelle. 

 

Engagement Sea Shepherd tempete-vagues-sea-sheperd-jour-2-ayrine-responsible-concept08h24. La tête en dehors de l’écoutille, une bouffée, que dis-je une claque gigantesque qui vous fait dilater les poumons et ouvrir grands les yeux . L’océan ! Un océan, qui comme pour me tester (je n’ai jamais mis les pieds sur un voilier), commence à sortir le grand jeu. Force 6 à 7, ça bouge sévère ! La houle s’abbât sur nous et la mer se hâche à la mode viking. J’ai l’impression d’être dans le grand 8 d’une fête foraine. Mon coeur vascille quand des creux de 6 à 7 mètres se forment. Instantanément, un immense sentiment de vulnérabilité face à la beauté et surtout la puissance d’une mer qui n’a même pas passé la seconde !

 

Engagement Sea Shepherd richard-merigeaux-sea-sheperd-jour-2-ayrine-responsible-concept08h33. Très vite, j’ai le ventre en vrac, tout bouge là dedans d’une manière surprenante. Rapidement la nausée m’envahit et sans crier gare, je lâche mon premier vomi du séjour par dessus bord. Baptème ! Allez cadeau pour les mouettes …. Face au vent, j’aperçois le petit sourire du capitaine (Richard), qui semble vouloir me dire, bon courage, ce n’est que le début !  Impossible de rester sur le pont, je suis balloté de bâbord à tribord ne pouvant rien anticiper. Je m’accroche comme je peux mais la nausée, de plus en plus forte, me déconcentre. Les vagues frappent le bateau tels des béliers sur la porte d’un château, laissant derrière elles des gifles d’eau glacées qui traversent mon jean et mon pull (à retenir pour la suite, quand tu sors sur le pont, tu sors équipé). La nausée s’intensifie, un mal de mer vigoureux s’empare de moi et m’oblige, en titubant, à rejoindre ma barquette. J’avais déjà envie de vomir mais avec l’odeur du gasoil en plus, je vous laisse imaginer, … Et pourtant il faut que j’aille m’allonger ! Armé de mon petit seau, je courbe l’échine pour atteindre mon lit. A peine allongé, je lâche quelques petits renards. C’est aussi ça l’engagement Sea Shepherd ! Je tente de m’endormir.

 

Engagement Sea Shepherd tempete-travail-sea-sheperd-jour-2-ayrine-responsible-concept11h20. Je me réveille dans un sale état, pire qu’un lendemain de cuite (du genre réunion avec les anciens amis de la promotion) ! J’ai froid,  très froid, ça bouge, mon mal de mer n’est pas parti, je dirai même qu’il a empiré, comme la météo ! Je regarde Jérôme dans sa barquette, prostré, il ne semble pas être au top. Compagnon de vomi ! Je décide cependant de m’extraire de mon antre pour prendre l’air. Je grimpe à l’échelle, j’ouvre l’écoutille et je découvre une mer agitée qui nous livre une palette de couleurs magnifiques. Des nuances de mer turquoise et des vagues qui nous assaillent. De l’air, du vent, des embruns en pleine face. Pour fêter ça, comme pour remercier du spectacle, je revomi. Après cette offrande à Neptune, je lance un regard perdu vers la timonerie où Richard et Jean tiennent la barre. Imperturbables les Sea Shepherd ! Les yeux fixés sur l’horizon. Droit sur les Féroé. Le gros temps ne semblent pas les perturber … Mais comment font-ils ? Impossible de rester sur le pont sous peine d’être jeté à l’eau tant les creux s’amusent avec notre bateau. Le souvenir d’une petite feuille jetée dans un ruisseau déchainé me vient soudainement à l’esprit. Il faut que je m’allonge. J’y vais d’un pas nauséeux. Je vais rester cloîtrer dans la station service jusqu’à 20h, alternant renards, renardeaux, quichettes, ….et phases de “Je retente une sortie mais je ne tiens pas 5 minutes sur le pont”. Je m’endors une nouvelle fois, balloté.

20h02. J’ouvre les yeux, réveillé par une envie pressante. Sur terre, surtout pour un homme, c’est assez facile. Mais sur un bateau, avec une mer qui se déchaine, la plus simple des actions peut vite devenir une mission, que dis je un calvaire ! Après avoir failli tombé a l’eau plus d’une fois et réalisé des figures urinaires dignes des plus grands acrobates, je rejoins ma cabane,  et ferme les yeux. Aujourd’hui la mer m’a pris au dépourvu, et m’a fait vomir mon quatre heure. C’est aussi ça l’engagement Sea Shepherd, pousser ses limites au service des océans. Ca se mérite d’être un Sea Shepherd ! Une vieille chanson s’infiltre dans mes rêves ballotés …

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Vous avez aimé : Engagement Sea Shepherd Journal de bord – Jour 2 – 04 juin 2014 – Stop the grind .  Alors abonnez vous au blog de Ayrine pour découvrir les prochains articles…

 

Créditt photo: Antoine Beysens, pour Sea Shepherd